
Le regard de François Morellet sur l'histoire de l'art a toujours été une puissante source de renouvellement pour ses recherches minimalistes. Si son travail a été purgé progressivement, depuis les années cinquante, de toute forme de fabrication artisanale pour se rapprocher d'une démarche purement conceptuelle, il a pourtant toujours gardé un œil, et parfois porté la main, sur les chefs-d'œuvre du passé. La série des Défigurations remplaçait les personnages d'un tableau par des toiles vierges au format « figure », disposées de façon proche de la composition du tableau dont il ne restait qu'un agencement de formes essentielles (Le Nouveau-né de Georges de La Tour, 1988, a rejoint l'original au musée des Beaux-Arts de Rennes en 2003). Les œuvres récentes se sont caractérisées par un regard en arrière sur les propres productions de l'artiste, réinterprétées : passage du petit au grand format par exemple, comme le montrait l'exposition du musée d'Art moderne de la Ville de Paris en 2007, Blow–up 1952-2007 (Quand j'étais petit, je ne faisais pas grand). De même les « démonétisations » constituent un clin d'œil aux « défigurations ». Elles ont été mises en œuvre à l'occasion de la présentation au musée d'Orsay, dans le cadre du programme « Correspondances » en 2006-2007, d'une série de transcriptions ou décantations en tubes néon parallèles des Cathédrales de Rouen de Monet. Le musée de Rouen, conservant également l'un de ces chefs-d'œuvre emblématiques de la peinture « rétinienne », et développant une section consacrée à l'art concret, a la possibilité d'établir un pont entre ces deux pôles en apparence inconciliables, grâce au projet improbable de Morellet. Contrairement à la série présentée au musée d'Orsay, la démonétisation rouennaise introduit un jeu de nuances lumineuses par l'utilisation de tubes coudés : l'intensité lumineuse est plus forte dans la partie où le néon se détache du support, et qui correspond au ciel. La cathédrale apparaît comme une masse plus sombre, indéfinie et pourtant reconnaissable. Derrière la radicalité sarcastique de la démarche se cache comme d'habitude un hommage aussi subtil que pertinent à la grandiose série de tableaux où « la matière est réduite à la lumière ».