


Le musée des Beaux-Arts de Rouen abritait déjà un fonds important lié au compositeur François-Adrien Boïeldieu (1775-1834), natif de Rouen, qui triomphait dès 1800 avec l'opéra Le Calife de Bagdad mais dont la postérité a surtout retenu l'opéra La Dame Blanche crée en 1825. Cet ensemble comprend notamment plusieurs portraits du musicien, peints ou dessinés par Louis-Léopold Boilly, Léon Riesener, Charles Le Boulanger de Boisfremont, Jérôme Langlois, etc., mais aussi des instruments de musique, des meubles et des objets personnels. À cela s'ajoute l'importante collection d'oeuvres et de documents liés au compositeur aujourd'hui à la Bibliothèque municipale de Rouen, qui provient du même fonds familial. Du seul Boilly (1761-1845), le musée conservait déjà trois effigies du musicien : un tableau célèbre exécuté au tournant du siècle et deux dessins plus tardifs. La petite esquisse à l'huile sur papier que nous présentons ici est à rapprocher du tableau déjà conservé au musée, qui passe pour être avec le portrait adressé au Salon de 1800 : le musicien est représenté debout, plaquant un accord sur le clavier d'un piano-forte, un buste de Glück à l'arrière-plan. Si dans l'esquisse
présentée ici la pose, l'expression et certains détails du vêtement annoncent la figure du portrait en pied, il n'est pas sûr pourtant qu'il faille y voir une oeuvre directement en rapport, alors que la physionomie du musicien est ici plus juvénile et l'expression plus frémissante. Nous serions tentés de placer cette émouvante image d'artiste inspiré, quelques années avant le portrait en pied, peutêtre à l'époque où le modèle rencontrait son premier grand succès avec Zoraïme et Zulnare (1798), voire légèrement plus tôt encore. Ce qui est certain, c'est que l'esquisse présentée ici a directement servi à préparer une peinture aujourd'hui en collection particulière, où le musicien est représenté en buste, un chapeau de feutre noir à la main. Ce dernier tableau, qui appartint à Cherubini, est légèrement plus grand, d'une facture sensiblement plus élaborée et si le cadrage y est moins serré, la pose, la coiffure et le vêtement sont directement empruntés à notre esquisse. Un dessin conservé au musée de la Musique est en rapport, lui aussi, avec cette peinture mais dérive selon nous du tableau achevé.