
Actif à Rouen entre 1526 et 1564, le faïencier Normand Masséot Abaquesne introduit en France les premiers pavements de faïence stannifère, dont l'émail à base d'étain permet de fixer sur l'argile des couleurs chatoyantes. Le pavement de la chapelle de la Bâtie d'Urfé, exécuté en 1557 pour Claude d'Urfé, est une de ses réalisations majeures. Le musée de la Céramique en conserve un exceptionnel ensemble de 220 carreaux. Ceux-ci avaient été assemblés et scellés dès l'ouverture du musée en 1984 dans un bassin, à la manière des restitutions de fouilles archéologiques. Cette mise en scène n'était pas satisfaisante d'autant que le montage de la frise composée de grecques, oves et torsades ne respectait pas le dessin d'origine du pavement. Le fort état d'encrassement des carreaux justifiait aussi une restauration pour rendre l'éclat des couleurs et la lisibilité des motifs. Cet important chantier a duré près d'un mois. Les carreaux ont tout d'abord été démontés puis nettoyés un à un à la vapeur pour révéler de manière spectaculaire les étincelantes couleurs de grand feu de ce tapis de faïence. Le remontage des carreaux a ensuite été effectué sur une plaque en aluminium alvéolé fixée au mur. La restauration de ce grand ensemble a donné lieu au nettoyage et remontage de trois autres ensembles de carreaux de pavement du xvie siècle, jusqu'alors conservés en réserves : carreaux de la chapelle Sainte-Croix de la cathédrale de Langres, de l'atelier anversois de Guido Andries et du Logis du gouverneur du Havre. Ces nouveaux accrochages sont complétés par un dépôt exceptionnel du musée national de la Renaissance, château d'Écouen : un module du pavement du château de Polisy, en Champagne, daté de 1545-1549 et acquis par l'État en 2008.